Inde à la plage : instantanés 11

Kanyakumari, avril 2008
Cette splendide femme sortant de l'eau comme une apparition était accompagnée de la femme plus âgée assise à sa gauche, qui est sans doute sa mère. Toute deux se remarquaient bien vite dans la foule avec leurs saris chamarrés et leur abondance de bijoux. Elles incarnaient bien, pour moi, l'Inde populaire du Nord, du Rajasthan par exemple. On ne voit pas tellement de femmes ainsi habillées dans le Sud du pays.
Au bord de l'eau, ce qui devait arriver...arriva. Et la belle passa bientôt un long moment accroupie dans l'eau, grattant dans le sable, à chercher un bracelet ou une bague égarés dans les eaux. Beaucoup de femmes se baignent parées d'un luxe de bijoux qui laisse supposer qu'après les derniers baigneurs partis, une petite équipe de chercheurs de trésors commence son activité, dans l'espoir de gains substantiels.
Cette femme sortant de l'eau dans son sari trempé me donne l'occasion d'évoquer un incontournable de l'imaginaire indien : l'érotisme de l'habit mouillé. La morale stricte qui régit le domaine vestimentaire et, au cinéma, le moyenâgeux comité de censure, empêchent un dévoilement du corps féminin comme nous le connaissons en France par exemple (depuis pas si longtemps ceci-dit, inutile de jouer les affranchis).
Une figure narrative filmique s'est donc imposée. Il s'agit de la scène d'amour aquatique, qui est présente dans presque tous les films que j'ai vus. C'est en général au moment de la chorégraphie de couple qui met en scène les deux personnages principaux et qui les voit évoluer dans un crescendo bien pensé, depuis les champs de moutarde vers les montagnes suisses, pour finir par une étreinte dans l'eau, dans une montée dramatique que le public aura compris comme un parcours sexuel initiatique.
Les multiples variations sur les saris mouillés, et les transparences qu'ils autorisent, trouvent donc un écho réel à la plage, au moment de la baignade des femmes, habillées. C'est tout un spectacle. Il faut voir ça.
[Un exemple canonique : Shah Rukh Khan et Kajol dans le séquence du désert blanc égyptien, dans le film Kabhi Khushi Kabhie Gham (la Famille indienne). Un exemple osé : le même Shah Rukh Khan avançant torse nu vers la caméra, en chantant alors qu'il reçoit le contenu de grands seaux d'eau sur le torse, dans Om Shanti Om. La vision de ses abdos moites et fermes a occupé la presse pendant six mois]
Libellés : Histoires_indiennes, Inde à la plage, Kanyakumari, Tamil Nadu






























