20 août 2008

Inde à la plage : instantanés 3


Vellankani, avril 2008

Deux hommes au tee-shirt jaune d'or arpentent la plage. Appelons-les, comme à l'habitude, des
"maîtres-nageurs". Il y a beaucoup de noyades dans les eaux indiennes. L'océan n'est pas souvent calme et peu de gens savent nager. Devant Marina Beach, à Chennai, un panneau rappelle, sous forme de tableau, le nombre de morts des dernières années. Ça tourne autour de sept cents par an avant 2007 pour cette seule plage. Des coups de sifflet se font donc régulièrement entendre, en général pour des jeunes gars rigolards qui vont trop loin (de l'eau jusqu'au cou), cependant que leurs mères, restées juste au bord de l'eau, s'arrachent déjà les cheveux.
La pensée que les deux maîtres-nageurs puissent ne pas savoir nager m'était venue à l'esprit ce jour-là. Parfois, le mystère qui entoure le recrutement, à des positions stratégiques, de certaines personnes totalement incapables ne rend pas l'idée si incongrue (si vous ne voyez pas de quoi je parle, je vous invite à vous rendre à Mumbai, aux bureaux d'une grande compagnie aérienne, que je ne nommerai pas, afin de ne pas faire de tort à ALITALIA).
En lieu de bouée, le premier maître-nageur dispose...d'un bâton. Ce n'est pas pratique pour nager. Le sifflet associé au bâton, ça fait toujours un peu milicien quoi. Ça laisse à penser qu'ils sont là non pour sauver des gens qui se noient mais pour finir le travail à coup de gourdin sur la citrouille !
Pour en avoir le cœur net, je demande au deuxième, bien gentil d'ailleurs, il parle cinq langues..., s'il lui arrive d'aller dans l'eau, de sauver des gens au large en somme. Il réplique tout de go "ah non c'est pas notre boulot, nous on est juste en charge des bords..."
La question de savoir s'ils pouvaient nager ou pas n'était donc pas la bonne façon de poser le problème.

Libellés : , , ,

28 juin 2008

Et l'amour ? Ah ! l'amoûûûr...

On appellera ces trois femmes N., D. et J., leur initiale.

N., 27 ans, est amoureuse pour la première fois. Elle doit le voir ce weekend. Elle demande à J. "Qu'est-ce que je dois faire ?". J. répond : "ça dépend de tes intentions".
N. : "physiquement aucune, j'attends le mariage."

N. a sûrement mis le maquillage qu'elle avait demandé à J. de lui ramener de France à Noël. Lui va venir. Elle l'attend dans sa chambre. Partout sur le sol et les meubles, elle a mis des fleurs coupées. Le parfum ! Un lit de fleurs !
Quand il entre dans sa chambre, elle lui jette des fleurs. Il en a les larmes aux yeux. Il dit :" Dieu t'a mise sur mon chemin".

Finalement ils se souviennent qu'ils ont un corps alors ils s'embrassent, puis prévoient un mariage pour dans cinq mois.

*****
La belle kéralaise D. annonce sans crier gare : "je me marie dans un mois, vous êtes invités". La question qui se pose est alors :
-tu le connais ?
-un petit peu...
D. est chrétienne, mais dans cette communauté aussi parfois...le mariage, les parents...on s'arrange...on s'en arrange...

*****
N. à J. : "Comment on fait un french kiss ?"

*****
Sur le faire-part, il est écrit : "Deep waters cannot quench love, nor floods sweep it away...."Song of Solomon 8:7. C'est d'un goût amer. J'aurais mis "Deep waters cannot quench indian traditions". Mais Salomon ne l'a pas dit comme ça, alors les parents ont préféré le masque de l'amour romantique, si seyant sur leur fille et le mari qu'ils lui ont choisi.

J'ai plié ma kurta et l'ai mise dans le sac de voyage avec les affaires de J.
J'avais demandé cette semaine à Durrani de la confectionner dans une belle étoffe couleur d'ivoire, brodée de fil blanc, que j'avais achetée en décembre à Hyderabad, dans le Laad Bazaar à un prix défiant toute indécence (vous attendiez vraiment le mot concurrence ? J'aimerais vous y voir dans le Laad Bazaar face à trois marchands à longue barbe. Leurs ancêtres traversaient le Cachemire, le Karakoram et la Perse pour ramener des soieries, des pierres ou des épices jusqu'à Rome. On ne fait pas le poids.) Chez Durrani, la photo que j'avais faite de lui en août trônait toujours sur l'étagère juste derrière lui, entre le portrait de Sai Baba et la photo encadrée de La Mecque. Il en a profité pour m'inviter à son mariage aussi, mais c'est une autre histoire. "On refera des photos Durrani avant que je parte ? S'il y a un bon portrait, tu le donneras à celle qui sera ta femme. -Inch'Allah, oui !" Maintenant les affaires sont prêtes. Ce soir, avec J., nous prendrons le train de nuit pour Kottayam, pour le mariage de D.


Intérieur de la cathédrale Se (la cathédrale cathédrale...), Old Goa, novembre 2007

Libellés :

25 juin 2008

Le jour où le corps du Dr. Rajkumar a cessé d'être


Je vois ces deux grandes photos à chaque fois que je sors de chez moi. C'est à vingt mètres, au carrefour de la 8th main et de la 13th cross. Je vous le dis tout net, quand je vois ces panneaux je me dis que j'aurais payé cher pour voir la tête des pontes de Microsoft le 13 avril 2006. Les autres aussi, Dell, IBM, Bull, tous ces gens-là. Le 13 avril 2006. Tout ça parce qu'ils ont négligé la part du rêve en Inde. Ils étaient venus s'installer là : Argent ! Facile ! Bossent pas cher ! Mais attention, les Indiens rêvent...
Je pourrais justement vous parler religion. Mais en Inde, les dieux ont tendance à ne pas se montrer aussi souvent que les gens ne le voudraient. C'est pour ça qu'on a inventé les stars de cinéma, pour recréer de l'idolâtrie à l'échelle du vivant. Et donc le monsieur sur les deux panneaux, Dr. Rajkumar, la Star des stars du Karnataka, le grand frère [Anavru], le numéro un du cinéma en langue kannada, est mort l'après-midi du 12 avril 2006 d'une crise cardiaque.
Si les huiles américaines s'étaient un peu renseignées, elles auraient su ce que cela voulait dire. Voyez six ans plus tôt, quand Dr. Rajkumar avait été kidnappé pendant trois mois par Veerappan, le bandit de la forêt : manifestations, émeutes, le gouvernement manque de sauter ! Libérez Anavru ! Rendez-nous Rajkumar ! Puis, un fan se suicide.

Et le 13 avril alors ?
"Monsieur Gates...euh...désolé de vous déranger, un certain...voyons...Rajkumar est mort...alors plus personne ne veut travailler. Pas une âme pour remédier aux innombrables bugs de Windows, monsieur Gates.
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Linux va nous manger la laine sur le dos. Au boulot et fissa !"
Ce 13 avril, contre l'avis de ceux qui ne rêvaient pas, Bangalore a connu un complet black-out. Tout a fermé, et personne n'a travaillé le jour de l'annonce de la mort du Dr. Rajkumar. De colossales émeutes ont commencé dans la rue, des pierres ont été lancées sur les bâtiments de Microsoft. Les call-center étaient vides alors qu'à l'autre bout du monde des Américains se demandaient s'il était normal que leur ordinateur refuse de démarrer et que personne ne puisse les aider. A la fin de la journée, on pleure huit morts à Bangalore. Les compagnies d'informatique compatissent en déclarant dès le lendemain : nous avons perdu 40 millions de dollars.

Au mois de novembre dernier, je m'étais rendu au grand Kanteerava Studio de Bangalore. Ils ne se visitent pas mais après avoir donné une centaine de roupies au gardien, il m'avait laissé entrer pour me faire visiter, rapidement. On a débarqué au milieu du tournage d'une sitcom de l'après-midi. Ambiance relax. Les comédiennes étaient habillées comme les femmes qu'on ne voit jamais dans la rue. Et le maquillage ! Je rencontrai ensuite le manager du studio de post-synchro, échange de téléphone, etc. Plus tard, je laisserai tomber l'idée d'une série de photos sur le cinéma indien. En sortant, le gardien m'avait conduit devant une construction, de la taille d'une maison, immaculée, géométrique, parfaite, en marbre blanc. Quelques personnes étaient là qui répétaient les gestes que j'avais vus tant de fois dans les temples hindous. Des offrandes, noix de coco, guirlandes de fleurs fraîches, étaient disposées sur la grande dalle de marbre qui formait le cœur de l'édifice. C'était très calme et autour la pelouse était coupée comme aux ciseaux. C'était un tombeau de roi, un tombeau d'empereur. Oui, c'était la tombe du Dr. Rajkumar.


*****

La formule "Son corps a cessé d'être" est la traduction directe de l'équivalent hindi de la formule "il nous a quitté" en français. A l'évidence, l'expression de la mort dit beaucoup sur une culture.

Libellés : , , ,

23 juin 2008

Le Liberté guidant le peuple


Dans le très communiste Kerala, on recycle les symboles révolutionnaires pour les accommoder à la sauce locale. Je n'ai pas la moindre idée du but de cette affiche, vue dans une rue d'Alleppey, - sans doute un meeting. Son auteur a repris une peinture de Delacroix qui figure dans les livres d'histoire, sinon du monde entier, au moins français. On se pince en voyant que la magnifique révolutionnaire aux seins nus et portant bonnet phrygien a laissé place à un barbichu léniniste ; je passe pour le drapeau qui a perdu deux de ses couleurs pendant le voyage et sur le bonnet phrygien transformé en bonnet de haute-mer façon Cousteau...

La retouche devient franchement amusante quand on voit que le torse a également été recouvert, dans un succédané de la manière du peintre, par ce qui est devenu une chemise sans manche. La diagonale de tissu blanc qui matérialisait le haut du corsage, ouvert, est demeurée sur le torse mais, ayant perdu sa fonction, semble désormais un cordage serré venant contraindre le mouvement révolutionnaire du barbichu léniniste.

Dans quel ordre cela a-t-il été fait ? Peut-être était-il inimaginable que la Liberté fût une femme et alors on l'a affublé d'une barbe. Ce faisant, l'impossibilité de concevoir un révolutionnaire barbu et mamelu a entraîné un surplus vestimentaire.
Ou alors, la représentation dans l'espace public d'une poitrine féminine étant de fait impossible dans l'Inde actuelle (ce ne fut pas toujours le cas, voir les temples), on a vite rhabillé l'allégorie afin de cacher ce que l'on ne saurait voir. Le gros du crime étant déjà fait, l'artiste s'est accordé une deuxième licence en poursuivant sur sa lancée : barbiche, bonnet, etc...
En attendant que les lendemains ne chantent, le mystère demeure...

deuxième image : La Liberté guidant le peuple (détail)

Libellés : , ,

4 juin 2008

Le balai comme instrument de connaissance de soi

Les indiens balaient. Le matin, l'après-midi, le soir, ils balaient. Seuls ou par deux, parfois en groupe, ils balaient encore et encore, leur salon, leur tapis, le pas de leur porte, le trottoir, la rue, le toit de l'immeuble.
Fou tout ce qu'il faut balayer.

En un an, il y a deux choses que je n'ai jamais vues : un aspirateur, et, quelqu'un qui ramasse la poussière. Aussi, l'esprit rationnel éprouvera quelques difficultés à l'idée de balayer sans jamais ramasser le produit de son effort. C'est commettre une grande erreur et c'est aussi le signe de la vanité de nos esprits occidentaux de croire que l'on peut changer avec une pelle en plastique l'ordre cosmique des choses.
Quand un indien balaie, il déplace la matière et il ne s'en débarrasse pas. Je l'ai vu et revu, vous pensez ! En apôtres de Lavoisier, les indiens dans leur façon de balayer rappellent chaque jour que rien ne se crée, rien ne se perd et que tout se transforme en poussière devant la porte du voisin.
Un instant après, le voisin s'attelle à la tâche similaire et redéplace les particules importunes. Tous les jours.

Après mûre réflexion sur la question, je ne vois qu'une explication et je crains qu'il ne faille en passer par la religion et la métaphysique qu'elle sous-tend.
Notre temps linéaire implique une certaine idée du progrès et donc, dans le cas qui nous occupe, une réticence à refaire toujours les mêmes choses. Mais un temps indien, vécu en tant que Destin insurmontable implique un quotidien tout autre. On échappe pas au cycle des réincarnations, on est prisonnier de son Dharma (l'ensemble de ses devoirs moraux) avec la même certitude que la poussière sera revenue le lendemain. Pris dans un temps cyclique et avec la conscience de son karma (principe de la juste rétribution des actions passées), quel esprit aurait l'idée de ramasser de la poussière puisque les dieux ont décidé qu'il faudra tout refaire tôt ou tard ?
J'avance d'ailleurs l'hypothèse que, dans un mythe grec comme celui de Sisyphe, si parlant chez nous, les indiens ne verraient pas le problème.

Allez, c'est pas tout ça, j'ai un peu de poussière à balancer devant la porte de la voisine.

Libellés :

2 juin 2008

Où l'on considérera plus d'un milliard d'artistes

Au fil du séjour, j'attribue de plus en plus la fascination pour l'Inde à une raison très simple : ce peuple réalise l'utopie d'une société d'artistes. Chacun, à son niveau, parvient à transcender son activité, aussi modeste et répétitive soit-elle, par des dispositions créatrices.
Cet état d'esprit infuse le sous-continent dans son ensemble et l'on est fréquemment témoin de ses manifestations les plus inattendues.
Pour s'en convaincre, il faut voir les salades de fruits vendues le long des maidans de Bombay, juxtapositions complexes tenant compte des couleurs et des textures, et montées à l'aide de cure-dents en structures verticales parfaitement symétriques, disposées dans des coupelles.
Il faut voir les voyageurs manger sans cuillère un sambar (soupe très liquide et très pimentée) vendu dans un récipient en aluminium mou, rempli à ras bord, sur les couchettes d'un train de nuit. Il faut voir aussi les indiens, tous capables de boire à une bouteille ou un verre sans en toucher le bord avec les lèvres. Ce sont les gestes les plus quotidiens transformés en micro-défis : s'habiller avec une bande de tissu de 6 mètres de long, se garnir tous les matins d'un turban de 7 mètres, servir le thé.
Il faut regarder passer dans la rue un homme qui transporte une bouteille de gaz de 50 kg d'une seule main. Ou un autre qui passe en vélo avec une dizaine de planches de trois mètres sans autre moyen de fixation qu'une astucieuse clef de jambes.
A Vellankani, je retrouve l'émotion de Chris Marker quand il rencontre à Tokyo le maître de l'action-cooking dans Sans Soleil. Le mien sera le maître du parotha-throwing. Ce génie d'à peine vingt ans façonne ces petits pains en forme de crêpe dont la pâte est roulée en spirale et les lancent par dessus les clients du restaurant, comme des frisbees, directement dans la main du cuisinier à une dizaine de mètres. Il fait quinze ou vingt parothas d'avance puis les lance d'un geste sec au rythme d'une par seconde. De l'autre main il bat la mesure sur son plan de travail en métal avec son rouleau. Aucun raté dans le duo.
On y est ! Le génie du geste moindre ! C'est "l'intelligence de la main" comme disait un vendeur de café à qui l'on confia tantôt l'administration de la France.
Plus loin donc, cela pourra être un autre cuisinier qui émince dix kilos d'oignons sur une grande plaque chauffante avec deux spatules en métal, exploitant au mieux les possibilités sonores de ses instruments de cuisine dans un rythme quasi-frénétique.

Un souvenir de mes chères études me revient, la Lettre à d'Alembert de Rousseau dans laquelle il fustige le théâtre et ses représentations par des comédiens, professionnels du mensonge. Il faut supprimer le théâtre! loisir dangereux d'une société de classe décadente à la faveur de grandes fêtes populaires : la scène de théâtre, c'est la rue! La représentation, c'est la vie! Tout le monde participe, tous représentent et tous sont spectateurs. Tous sont artistes.
Cela existe ; c'est exactement comme ça ici, en Inde*.

vendeur de barbe à papa en Inde
Vendeur de barbes à papa roses dans des sacs plastiques individuels, à Kanyakumari. Photo : Juliette

*à chaque fête religieuse par exemple : Ganesh Chaturthi et Holi.

Libellés :

23 mai 2008

L'éléphant shivaïte, son mahout

éléphant du temple de Tiruvannamalai
Au temple d'Arunachaleshvara, Tiruvannamalai, Tamil Nadu, mars 2008

Quand on entre dans une cathédrale de la fin du moyen-âge français, on comprend que le dessein général des architectes a été de rendre l'homme qui entre si petit que son dieu y paraisse immense. On a bâti des édifices toujours plus hauts, au chœur inondé de toujours plus de lumière (perçue comme divine) et de couleurs, afin d'emporter l'âme dans un mouvement ascensionnel, vers le ciel.

La conception qui préside à la construction des temples hindous est tout autre: elle se base sur l'intimité. Tout est organisé dans le but d'un dialogue personnel avec la divinité. C'est le darshan -le contact visuel. Arriver jusqu'au dieu sera difficile et de plus, ce dialogue pourra être bref. L'organisation des temples hindous a été fixée par des textes sacrés datant d'une époque où nos ancêtres couraient encore nus dans la forêt pour chercher des baies.
Pour accéder à la divinité, il faudra franchir une série d'enceintes concentriques menant au sanctuaire, une pièce minuscule, souvent interdite aux non-hindous, abritant une représentation du dieu auquel est dédié le temple, et gardée par un brahmane (prêtre). Mais il y a du monde, il faut parfois jouer des coudes pour voir la statue.

Au cours de ce chemin, le fidèle traverse un grand espace à colonnade, le mandapam, qui sert en général de lieu de vie à toute une théorie de mendiants. Dans les mandapam des grands temples du sud, au Kerala et au Tamil Nadu, réside systématiquement l'éléphant du temple. On reconnaît à ses trois bandes blanches horizontales que l'éléphant de la photo ci-dessus est adepte de Shiva, auquel est logiquement dédié le temple.
En passant, on se fait donc bénir par l'éléphant. Il faut se présenter devant lui ; il tend alors sa trompe dans laquelle on met une pièce d'une ou deux roupies. Il pose ensuite le bout de sa trompe sur la tête de l'offrant. Les pèlerins rigolent, se font prendre en photo avec, les enfants hurlent de terreur. Les indiens ne sont jamais trop sérieux avec le rite. Quand l'éléphant a quatre ou cinq pièces, il ramène sa trompe vers le mahout et lui laisse tomber le magot directement dans la main (avec un demi litre de morve du coup, tout salaire mérite travail).
Plusieurs des éléphants que j'ai vu se laissaient aller à un mouvement de balancier perpétuel qui aurait beaucoup plu à Richard Avedon mais qui donnait l'impression qu'ils commençaient à franchement yoyoter de la cafetière. Et d'ailleurs, c'est le cas pour beaucoup. Pas une semaine, semble-t-il, sans qu'un quotidien du Sud n'ait dans ses titres un "Elephant runs amok, kills 3".
J'avais vu des statistiques sur le nombre de morts par an à cause des éléphants dressés qui tournent barges, je ne m'en souviens plus mais c'était impressionnant, au moins plusieurs dizaines.
Mais enfin quelle idée de les faire servir Shiva ou Vishnou. C'est bien connu, les éléphant n'aiment que Ganesh.

Libellés : , ,

18 avril 2008

Le corps des femmes et le regard des hommes

Suite de la lecture de Films and Feminism. Je rappelle que les conclusions offertes ici concernent le cinéma populaire en langue hindi des années 90. Il n'est pas trop risqué de penser que ces analyses peuvent servir à penser le cinéma bollywoodien actuel.



L'autre article particulièrement intéressant est intitulé Female bodies and the male gaze. Il y est montré que l'écrasante majorité des films sont centrés sur l'homme : ses conflits, ses rêves, ses tragédies. La femme n'existe qu'en relation avec l'homme (mère, femme).
L'auteur a eu du mal à trouver ne serait-ce qu'un seul film centré sur une femme célibataire.

Les films exaltent -sans surprise- le culte de la beauté et de la jeunesse.

Si les femmes ne sont pas le sujet des films, elles sont sans conteste le sujet des regards. Sujets observés et passifs : aucune de leurs décisions, par exemple, ne contestera jamais l'autorité.



L'auteur analyse dans plusieurs films la mise en scène du regard que porte l'homme sur la femme dans le film. Ce regard est souligné (le héros enlève ses lunettes, écarquille les yeux), mis en action par le montage, des effets de ralenti et de zoom.
L'analyse des scènes de danse montre une prédominance des points de vues en plongée ou en contre-plongée afin de mettre en évidence le décolleté et des chorégraphies clairement orientées vers le mime de mouvements sexuels [ndm : pas besoin d'avoir vu beaucoup de films indiens pour se rendre compte de ça !].

Un autre essai intitulé Women in Indian Cinema : Fictional Constructs établit les liens entre la mythologie indienne et la représentation de la femme dans le cinéma. La tradition de la déesse-mère (parfaite, pure, etc.) et celle de Kali (déesse destructrice à laquelle renvoient les personnages cinématographiques de...belle-mère !) permettent d'appréhender les personnages de fiction.
Même si le résumé que j'en fais ne le laisse pas supposer, l'essai est rédigé dans un anglais plein d'humour, très plaisant pour un ouvrage universitaire. J'ai noté cette phrase par exemple : "The role of a mother -a supposedly 'good mother' is absolutely trivialized in Indian cinema. This silent suffering, stoic species is so distressingly deified on celluloid that by the end of the movie you are convinced that these faces will soon be up on postage stamps."

Plus loin sont analysés les rapports entre les hommes : toujours positifs, marqués du sceau de l'amitié et de la fraternité ; et les rapports entre les femmes : forcément extrêmes, soit hostiles ou implicitement lesbiens.

Pour conclure, le message délivré par les films indiens populaires est celui de la tradition indienne : "je suis une femme, donc mauvaise et par là-même destinée à souffrir". [ndm : on jurerait notre bonne vieille tradition judéo-chrétienne]

*************************


(une image saisie pendant la séance du film Race : Ah la censure ! (pas de nudité, pas d'acte sexuel) Mais avec cette fois des moyens assez proches de ceux de Billy Wilder ou de Ernst Lubitsch en leur temps à Hollywood, voilà ce qu'on peut appeler un habile contournement tout à fait riche en implicite...)

Les photos d'illustration sont tirées du film kannada Mungaaru Male(2007) et du film hindi Race (2008).
*******************

Une anecdote personnelle et signifiante pour finir. Alors que je lisais le-dit ouvrage dans cette bibliothèque de Pondicherry, un employé se rapproche de ma table, me fait de la main le geste "bouge-toi de là" avant de me montrer, de l'index et sans un mot, le panneau "Ladies only" au mur.
Je n'avais pas vu le panneau (tout à fait habituel en Inde ; je fais évidemment attention normalement), et de ladies, il n'y en avait point. J'étais seul à une immense table entourée de douze chaises vides.
A peine évacué de cet endroit de folle débauche (imaginez un peu, lire à moins de quatre chaises d'une femme), une jeune fille vient s'assoir.
Le preux chevalier (l'employé hindou : principe d'action) était venu exclure l'étranger (l'occidental : menace morale) afin que la blanche colombe (la jeune vierge soumise : détresse nécessitant l'intervention masculine) puisse étudier en paix. Au cinéma, il serait de rigueur qu'un mariage soit prévu en retour.
Pan sur le bec !

Libellés : ,

17 avril 2008

Le cinema indien est de droite

Comme je me trouvais en début de semaine à Pondicherry, je suis allé voir par curiosité la bibliothèque Romain Rolland. Pensant trouver une mine de livres en français, je fus un peu déçu par les quelques rayons - le reste de la bibliothèque étant consacré en grande majorité aux livres en anglais.
Sur les rayons français donc, les chef-d'œuvres chef-d'œuvraient dans la poussière (vieilles reliures arrachées, pages moisies). Dumas, qui a d'ailleurs sa rue à Pondi, était de loin le plus représenté.
Plus étonnante, la découverte en ces lieux de Mangez de la salade de Pierre Dac et Francis Blanche.



Au rayon Fine arts, en anglais, on trouve peu de choses mais néanmoins toute une série d'essais consacrés au cinéma : une édition de Kolkata du Journal de Tarkovski par exemple fait assez plaisir. A côté, un énorme pavé sur...Yul Brynner !

Je tombe finalement sur Films and Feminism : essays in Indian Cinema, recueil d'articles mis sur pied par Jasbir Jain et Sufha Rai, de l'Université de Jaipur. J'ai eu du mal à m'en décrocher tant ce travail était convaincant, si bien que je suis revenu le lendemain pour le terminer et que je vous retranscris ici quelques points abordés par cet essai. S'il est des gens qui s'intéressent au cinéma indien récent, la suite peut les intéresser ; sinon, j'écris cela avant tout pour moi, cela me fera me souvenir de ce livre et me permet de mettre mes vagues notes au propre.



L'un des articles les plus intéressant s'intitule Saffronizing the silver screen: the right-winged nineties film (La vague safran à l'écran : les films de droite des années 90) [note de moi : le safran est la couleur de la droite nationaliste indienne. On parle de vague safran pour évoquer l'avancée des idées d'extrême-droite en Inde].
Les années 60 sont dominées par le cinéma de Raj Kapoor, cinéma de gauche présentant des héros issus des classes populaires en prise avec une société injuste et corrompue.
Les années 70 et 80 sont celles des films d'action avec Amitabh Bachchan (ex. Sholay). Le héro est toutefois encore issu de milieux modestes (working class).
A partir des années 90, un nouveau discours idéologique sous-tend Bollywood, le cinéma populaire hindi. Les héros des films appartiennent désormais aux classes supérieures, ou au moins aisées, de la population et ils sont presque exclusivement hindous.
Quant au personnage du méchant, il est toujours le symbole d'une menace pour la Nation hindoue. Les deux ennemis étant le Pakistan (auquel se réfèrent les personnages de terroristes dans les films d'action) et le monde occidental (matérialiste et individualiste, en opposition aux valeurs communautaires et familiales indiennes). Les films sont ainsi foncièrement marqués par l'idéologie de droite qui crée une paranoïa de la menace.[ndm : on pense au cinéma hollywoodien des années 80, les Reaganite entertainment, films bodybuildés avec Schwartzy&co, les films d'autodéfense, etc.]
-Les hommes seront le rempart contre la menace terroriste (films d'action).
-Les femmes seront garantes de la famille, des rites, de la tradition et du foyer (dans les familly drama, qui dominent désormais la production). Pour elles, la menace est l'occidentalisation, et la solution est toujours l'appel à l'obéissance familiale. Leur personnage, mélange de caractères occidentaux et indiens fonctionnera selon la dichotomie intérieur/extérieur. On verra, par exemple, telle jeune fille en mini-jupe (aspect extérieur) chanter une Bhajan [prière chantée] (son âme, elle, n'est donc pas corrompue).
Les films scandent globalement la supériorité des valeurs hindoues.

(La suite demain, avec le regard masculin sur le corps des femmes et la construction fictive des personnages de femmes, toujours dans le cinéma indien.)



***************
Les photos d'illustration sont tirées du film kannada Milana (2007) et du film hindi Race (2008).
J'avais commencé sans grand succès à photographier l'écran pendant les séances, comme ça, à main levée. Juliette a poursuivi et est parvenue très rapidement à des choses très belles, jouant sur des longs temps de pose. On continue donc ça tous les deux quand on va au cinéma. Il y a parfois de belles réussites que nous montrerons soit sur ce site, soit sur celui de Juliette consacré au cinéma indien.

Libellés : ,

29 mars 2008

Holi à Varanasi

photo de holi a varanasi
Une mission : arriver à la gare de Varanasi (Bénarès) à 9h30 du matin après une nuit de train et rejoindre une guest house, à quatre kilomètres, le long du Gange (à propos, saviez-vous qu'à Bénarès le Gange a la forme du croissant de lune qui orne la chevelure de Shiva?).

photo de holi a varanasi

Ce jour-là, le samedi 22 mars au matin, c'est le moment culminant du festival de Holî, dit aussi festival des couleurs. Cette grande fête de l'arrivée du printemps est parfaitement adaptée au principe d'enfance perpétuelle qui règne en maître dans la société indienne.
Les magasins ferment et tout le monde sort dans la rue pour barbouiller et se faire barbouiller de couleurs des pieds à la tête.

Le jeu consiste à recouvrir surtout ceux qui ne veulent pas.
Cela se passe en famille, juste devant la porte de la maison ou alors dans la rue. A Varanasi, partout les pèlerins ont laissé la place à des sonos -techno à fond les manettes- et à des groupes exclusivement constitués d'hommes qui se sautent dessus, s'embrassent et, les mains pleines de pigments, s'en mettent partout. C'est un grand élan régressif à l'échelle d'une ville entière.
Les femmes restent devant chez elles pour le faire avec les enfants. Les foules d'hommes indiens sont un peu trop tripoteuses pour être honnêtes.

Il faut dire que ça a commencé tôt à Varanasi. Dès l'aube, les gens se sont retrouvés au bord du Gange pour préparer le Bhang, la boisson au cannabis traditionnellement associée à Holi. Tenez, la recette sur le site officiel.

photo de holi a varanasi

Reprenons. Oui, nous arrivons à la gare avec Juliette à 9h30. Ambiance de guerre civile : tout est donc fermé, des bandes rôdent dans les rues avec des grands sacs de pigment plus quelques armes de poings légères : seringues, pistolets à eau, pulvérisateurs.
Un rickshaw nous conduit jusqu'au bord du Gange à prix d'or. Le véhicule est recouvert de peinture.
Maintenant c'est le plus dur, rejoindre l'hôtel à pied. On se sait condamné, nos vêtements avec, mais il y a les sacs à dos...

Et puis il faudrait parler des tireurs embusqués, groupes de snipers en culottes courtes sur les balcons et les terrasses qui eux remplissent carrément des seaux. 5 litres d'eau ! 10 !, un sac de pigment et hop par dessus la rambarde. C'est l'artillerie. D'autres, embusqués, ont acheté des seringues en plastique longues de cinquante centimètres qu'ils remplissent d'encre.
Enfin, il y a ceux qu'on va appeler les brigades chromatiques, à deux ou trois sur une moto, qui sillonnent la ville, tête baissée et seringue au poing pour détecter les rabats-joie immaculés et monochromes.

Et nous, au milieu de ces bandes complètement défoncées et armées, que croyez-vous qu'il nous arriva ?
Tête, cheveux, sacs, tout. Cibles bien trop privilégiées !



Mais comme j'ai confiance en mon karma -et en l'étanchéité de mon appareil-, je suis ressorti un petit moment faire quelques images. Le chien (photo en bas) a été rencontré à Kolkata par contre, quatre jours après Holî.

photo de holi a varanasi

photo de holi a varanasi

photo de holi a varanasi

Libellés : , , , ,

26 novembre 2007

Jaggesh, roi de la comédie 4

portrait de l'acteur indien Jaggesh
Portrait de l'acteur Jaggesh, Bangalore, octobre 2007

"He is kannada actor number one" me dit le responsable du nettoyage du bassin rempli de Ganesh (décor de fond pour le tournage des scènes d'aujourd'hui).
Jaggesh joue dans les comédies burlesques et parodiques en langue kannada (langue de l'état du Karnataka).
Dans ce film, "CID-Isha", Jaggesh joue le rôle d'un flic raté qui, ne parvenant pas à se faire recruter, commence une activité de détective privé.

En 2006, l'état lui a décerné le prix du meilleur second rôle pour son film "Mata". Prix qu'il a refusé avec éclat, en expliquant qu'il était un héros, pas un second rôle.
Comme presque tous les acteurs indiens, semble-t-il, Jaggesh est aussi versé dans la politique et se présente aux élections pour le parti du congrès (centre-gauche, parti des Gandhi, Nehru, etc.).

Quant à moi, Je m'étais trouvé là un peu par hasard...
Fin de la mini-série !

Libellés : , , , ,

11 octobre 2007

Dieu est au fond du couloir sous l'armoire électrique

statues de dieux hindous dans un couloir
Statuettes de dieux hindous dans un couloir, Bangalore, septembre 2007

Evidemment, pendant que Ganesh est consacré, ce sont des milliers d'autres dieux qui ne sont pas à la fête.
Lorsque Ravi le vendeur m'a emmené dans son deuxième dépôt de statues, nous nous sommes à nouveau trouvés encerclés par des milliers de Ganesh. Sur la droite, un petit couloir menait à un escalier qui accédait aux appartements dans les étages. Au fond de ce couloir étaient entassées deux ou trois dizaines de statues des autres dieux, que Ravi vend pendant le reste de l'année mais qu'il est inimaginable de proposer aux clients en période de Ganesh Chaturthi.

Alors, on les retrouve, toutes divinités qu'elles sont, en tas au fond du couloir, entre un compteur électrique et un vieux slip qui sèche...
Alors, à quand la mobilisation pour ces dieux de seconde zone ?

Libellés : , , ,

17 septembre 2007

Note sur l'image précédente

Je découvre que John Abraham est aussi le patronyme/pseudonyme d'un célèbre mannequin et acteur bollywoodien. Ce dernier se trouve avoir la même coupe de cheveux et le même rasage approximatif que notre boucher. Mystère.

Hasard des noms ou preuve du bovarysme du personnage ?

Libellés :

A la boucherie de boeuf

Je ne sais pas trop lequel de ces deux portraits publier. Je propose donc les deux.
Mes faveurs vont peut-être au premier, pour le regard intense du jeune homme et le cadre plus large sur ses habits qui offrent une perspective intéressante.


boucher musulman de boeuf en Inde 2
Portrait de John Abraham #1
, Bangalore, août 2007


Nous sommes dans la partie musulmane du quartier de Yeshwanthpur à Bangalore. J'étais passé devant cette boucherie plusieurs fois et toujours j'étais intrigué par cet homme à l'apparence inattendue.
Sa stature d'abord, il doit mesurer 1m85 ou 1m90. En Inde, on remarque ça. Les cheveux longs aussi.
Et puis, il était toujours habillé avec soin, à la mode, comme sur le départ pour une soirée en boîte de nuit.
Bref, à chaque passage, je pensais à ces chinois vaguement hippies, au regard un peu vide, qu'on voit dans certains films d'Hou Hsiao-Hsien. Et à chaque passage, je m'en voulais aussi de ne pas m'arrêter pour faire une photographie et je restais bêtement velléitaire.
En bon boucher, il a tranché pour moi (hum...). Il m'a finalement appelé et nous avons partagé un chai à l'ombre des carcasses, dans le tracas des mouches volant autour. En pareille situation, curieuse conversation sur la religion, le prix du boeuf, et le problème que pose la représentation des bovins morts en Inde.

Que dire d'autre. John Abraham est le neveu du patron M. Bachir Ahmad. Il sont une dizaine à travailler là dans ce lieu un peu à l'écart du passage dans une venelle qui donne sur le marché de Yeshwanthpur. Sans doute parce qu'il est assez difficile d'imaginer une activité plus dégradante que la leur dans ce pays. Seuls les intouchables, les dalits, en bas de la pyramide des castes exercent ces activités au contact de la mort ou de la souillure. Ou alors ce sont les fidèles des autres religions, ce qui dans la hiérarchie hindoue revient au même. Alors boucher de boeuf...

La conversation ne s'est pas étendue sur ce terrain mais peut-être y a-t-il là une clef de l'apparence de John : les habits sont une conception de soi que l'on porte sur soi.
Et, à bien le regarder, qui verrait le neveu musulman d'un boucher bovin de quartier populaire?


boucher musulman de boeuf en Inde 2
Portrait de John Abraham #2, Bangalore, août 2007


Libellés : , , , , , ,

14 septembre 2007

L'image retrouvée

enfant indien au regard étonné
Bangalore, Inde, 2007

Une histoire échappe parfois au cadre d'une image pour être retrouvée, en écho, dans d'autres images.
J'ai découvert dans cette photographie d'enfants indiens la survivance d'autres visages, vus il y a quelques années en Chine.

Dans cette histoire-là, il est question de la fascination des enfants pour l'objectif photographique, et aussi du garçon qui accourt depuis le fond pour aller dans cette partie de la profondeur de champ qui restituera de lui une image nette. Mais l'image sera saisie avant qu'il n'y parvienne.
Parce que le regard offert au premier plan ne peut se partager avec aucun autre regard.


fille chinoise au regard étonné
Pingyao, Chine, 2004




deux images très proches


Libellés : , , ,

5 septembre 2007

Et maintenant au travail les enfants

enfants au travail dans une ecole de bangalore en inde


Children's play...
Enfin ça, c'est pas pour eux. Ces enfants là sont au travail.
On a les indices nécessaires dans la photographie : pieds nus, uniformes pas vraiment soignés pour un matin à 9h, et le chiffon coincé au niveau de la ceinture du premier. Dans une grande ville comme Bangalore, les écoliers ne sont pas comme ça, surtout à Malleshwaram.

Ils passent le balai dans une allée le long de la cour, dans laquelle jouent les autres enfants. Je crois avoir compris qu'ils habitent dans l'école. Ils travaillent sous la direction d'une femme d'une quarantaine d'années qui les rappellera rapidement à l'ordre.

J'aime le petit ensemble compact qu'ils forment à eux deux au milieu de l'image, comme deux jumeaux.
Celui de droite pose, impérial, en contrapposto, et le regard sûr ; comme une sculpture de la renaissance italienne.
Celui de gauche est venu se serrer à l'autre enfant, comme s'il tentait de s'insérer dans un cadrage déjà réglé pour un autre et dans lequel il n'a pas sa place. D'un geste, il réagit déjà à l'appel de la chef (peut-être sa mère?).
La pause est terminée.

Libellés : , , , , ,

1 septembre 2007

Chats et magazines



Le magasin de magazines de Monsieur Yahya sur Church Street a deux choses à proposer à ses visiteurs : des magazines et des chats.
Les premiers sont à vendre et les deuxièmes sont ici les rois.

Comme ils sont partout, on songe parfois à en pousser un de la pile d'une revue convoitée ; finalement, on change d'avis, à la faveur d'un autre magazine, pour ne pas troubler l'ordre des choses.

Libellés : , , ,