28 juin 2008

Et l'amour ? Ah ! l'amoûûûr...

On appellera ces trois femmes N., D. et J., leur initiale.

N., 27 ans, est amoureuse pour la première fois. Elle doit le voir ce weekend. Elle demande à J. "Qu'est-ce que je dois faire ?". J. répond : "ça dépend de tes intentions".
N. : "physiquement aucune, j'attends le mariage."

N. a sûrement mis le maquillage qu'elle avait demandé à J. de lui ramener de France à Noël. Lui va venir. Elle l'attend dans sa chambre. Partout sur le sol et les meubles, elle a mis des fleurs coupées. Le parfum ! Un lit de fleurs !
Quand il entre dans sa chambre, elle lui jette des fleurs. Il en a les larmes aux yeux. Il dit :" Dieu t'a mise sur mon chemin".

Finalement ils se souviennent qu'ils ont un corps alors ils s'embrassent, puis prévoient un mariage pour dans cinq mois.

*****
La belle kéralaise D. annonce sans crier gare : "je me marie dans un mois, vous êtes invités". La question qui se pose est alors :
-tu le connais ?
-un petit peu...
D. est chrétienne, mais dans cette communauté aussi parfois...le mariage, les parents...on s'arrange...on s'en arrange...

*****
N. à J. : "Comment on fait un french kiss ?"

*****
Sur le faire-part, il est écrit : "Deep waters cannot quench love, nor floods sweep it away...."Song of Solomon 8:7. C'est d'un goût amer. J'aurais mis "Deep waters cannot quench indian traditions". Mais Salomon ne l'a pas dit comme ça, alors les parents ont préféré le masque de l'amour romantique, si seyant sur leur fille et le mari qu'ils lui ont choisi.

J'ai plié ma kurta et l'ai mise dans le sac de voyage avec les affaires de J.
J'avais demandé cette semaine à Durrani de la confectionner dans une belle étoffe couleur d'ivoire, brodée de fil blanc, que j'avais achetée en décembre à Hyderabad, dans le Laad Bazaar à un prix défiant toute indécence (vous attendiez vraiment le mot concurrence ? J'aimerais vous y voir dans le Laad Bazaar face à trois marchands à longue barbe. Leurs ancêtres traversaient le Cachemire, le Karakoram et la Perse pour ramener des soieries, des pierres ou des épices jusqu'à Rome. On ne fait pas le poids.) Chez Durrani, la photo que j'avais faite de lui en août trônait toujours sur l'étagère juste derrière lui, entre le portrait de Sai Baba et la photo encadrée de La Mecque. Il en a profité pour m'inviter à son mariage aussi, mais c'est une autre histoire. "On refera des photos Durrani avant que je parte ? S'il y a un bon portrait, tu le donneras à celle qui sera ta femme. -Inch'Allah, oui !" Maintenant les affaires sont prêtes. Ce soir, avec J., nous prendrons le train de nuit pour Kottayam, pour le mariage de D.


Intérieur de la cathédrale Se (la cathédrale cathédrale...), Old Goa, novembre 2007

Libellés :

26 juin 2008

Les pèlerins photographes

des pèlerins se prennent en photo en Inde
Une famille jaïn aux pieds de la statue de Gomateshwara, Sravanabelgola, décembre 2007

Libellés : ,

25 juin 2008

Le jour où le corps du Dr. Rajkumar a cessé d'être


Je vois ces deux grandes photos à chaque fois que je sors de chez moi. C'est à vingt mètres, au carrefour de la 8th main et de la 13th cross. Je vous le dis tout net, quand je vois ces panneaux je me dis que j'aurais payé cher pour voir la tête des pontes de Microsoft le 13 avril 2006. Les autres aussi, Dell, IBM, Bull, tous ces gens-là. Le 13 avril 2006. Tout ça parce qu'ils ont négligé la part du rêve en Inde. Ils étaient venus s'installer là : Argent ! Facile ! Bossent pas cher ! Mais attention, les Indiens rêvent...
Je pourrais justement vous parler religion. Mais en Inde, les dieux ont tendance à ne pas se montrer aussi souvent que les gens ne le voudraient. C'est pour ça qu'on a inventé les stars de cinéma, pour recréer de l'idolâtrie à l'échelle du vivant. Et donc le monsieur sur les deux panneaux, Dr. Rajkumar, la Star des stars du Karnataka, le grand frère [Anavru], le numéro un du cinéma en langue kannada, est mort l'après-midi du 12 avril 2006 d'une crise cardiaque.
Si les huiles américaines s'étaient un peu renseignées, elles auraient su ce que cela voulait dire. Voyez six ans plus tôt, quand Dr. Rajkumar avait été kidnappé pendant trois mois par Veerappan, le bandit de la forêt : manifestations, émeutes, le gouvernement manque de sauter ! Libérez Anavru ! Rendez-nous Rajkumar ! Puis, un fan se suicide.

Et le 13 avril alors ?
"Monsieur Gates...euh...désolé de vous déranger, un certain...voyons...Rajkumar est mort...alors plus personne ne veut travailler. Pas une âme pour remédier aux innombrables bugs de Windows, monsieur Gates.
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Linux va nous manger la laine sur le dos. Au boulot et fissa !"
Ce 13 avril, contre l'avis de ceux qui ne rêvaient pas, Bangalore a connu un complet black-out. Tout a fermé, et personne n'a travaillé le jour de l'annonce de la mort du Dr. Rajkumar. De colossales émeutes ont commencé dans la rue, des pierres ont été lancées sur les bâtiments de Microsoft. Les call-center étaient vides alors qu'à l'autre bout du monde des Américains se demandaient s'il était normal que leur ordinateur refuse de démarrer et que personne ne puisse les aider. A la fin de la journée, on pleure huit morts à Bangalore. Les compagnies d'informatique compatissent en déclarant dès le lendemain : nous avons perdu 40 millions de dollars.

Au mois de novembre dernier, je m'étais rendu au grand Kanteerava Studio de Bangalore. Ils ne se visitent pas mais après avoir donné une centaine de roupies au gardien, il m'avait laissé entrer pour me faire visiter, rapidement. On a débarqué au milieu du tournage d'une sitcom de l'après-midi. Ambiance relax. Les comédiennes étaient habillées comme les femmes qu'on ne voit jamais dans la rue. Et le maquillage ! Je rencontrai ensuite le manager du studio de post-synchro, échange de téléphone, etc. Plus tard, je laisserai tomber l'idée d'une série de photos sur le cinéma indien. En sortant, le gardien m'avait conduit devant une construction, de la taille d'une maison, immaculée, géométrique, parfaite, en marbre blanc. Quelques personnes étaient là qui répétaient les gestes que j'avais vus tant de fois dans les temples hindous. Des offrandes, noix de coco, guirlandes de fleurs fraîches, étaient disposées sur la grande dalle de marbre qui formait le cœur de l'édifice. C'était très calme et autour la pelouse était coupée comme aux ciseaux. C'était un tombeau de roi, un tombeau d'empereur. Oui, c'était la tombe du Dr. Rajkumar.


*****

La formule "Son corps a cessé d'être" est la traduction directe de l'équivalent hindi de la formule "il nous a quitté" en français. A l'évidence, l'expression de la mort dit beaucoup sur une culture.

Libellés : , , ,

24 juin 2008

Les variantes 2 : Cricket sur la plage

partie de cricket sur la plage à Goa
Cricket sur la plage, Benaulim beach (Goa), novembre 2007

Une deuxième vue sur cette partie de cricket à la plage : le point de vue est légèrement plus haut et la disposition des personnages a changé. La balle est cette fois encore dans la main du lanceur. (Les couleurs sont également un poil différentes mais ça, c'est parce que j'ai la flemme de conformer les deux fichiers qui viennent de scanners différents.)

Libellés : ,

23 juin 2008

Le Liberté guidant le peuple


Dans le très communiste Kerala, on recycle les symboles révolutionnaires pour les accommoder à la sauce locale. Je n'ai pas la moindre idée du but de cette affiche, vue dans une rue d'Alleppey, - sans doute un meeting. Son auteur a repris une peinture de Delacroix qui figure dans les livres d'histoire, sinon du monde entier, au moins français. On se pince en voyant que la magnifique révolutionnaire aux seins nus et portant bonnet phrygien a laissé place à un barbichu léniniste ; je passe pour le drapeau qui a perdu deux de ses couleurs pendant le voyage et sur le bonnet phrygien transformé en bonnet de haute-mer façon Cousteau...

La retouche devient franchement amusante quand on voit que le torse a également été recouvert, dans un succédané de la manière du peintre, par ce qui est devenu une chemise sans manche. La diagonale de tissu blanc qui matérialisait le haut du corsage, ouvert, est demeurée sur le torse mais, ayant perdu sa fonction, semble désormais un cordage serré venant contraindre le mouvement révolutionnaire du barbichu léniniste.

Dans quel ordre cela a-t-il été fait ? Peut-être était-il inimaginable que la Liberté fût une femme et alors on l'a affublé d'une barbe. Ce faisant, l'impossibilité de concevoir un révolutionnaire barbu et mamelu a entraîné un surplus vestimentaire.
Ou alors, la représentation dans l'espace public d'une poitrine féminine étant de fait impossible dans l'Inde actuelle (ce ne fut pas toujours le cas, voir les temples), on a vite rhabillé l'allégorie afin de cacher ce que l'on ne saurait voir. Le gros du crime étant déjà fait, l'artiste s'est accordé une deuxième licence en poursuivant sur sa lancée : barbiche, bonnet, etc...
En attendant que les lendemains ne chantent, le mystère demeure...

deuxième image : La Liberté guidant le peuple (détail)

Libellés : , ,

19 juin 2008

Le sabre et le goupillon

tournage d'un film anglais à Goa
Tournage devant la basilique Bom Jesus, Old Goa, novembre 2007

J'espère que la script-girl s'est aperçue pas trop tard que les chaussures du prêtre n'étaient pas vraiment raccord avec les années quarante...

Libellés : , ,

18 juin 2008

Regarder les gens qui regardent 18

homme et femme contemplatifs
Jog Falls, Karnataka, septembre 2007

Libellés : , ,

17 juin 2008

Vendeur de poupons

vendeur de rue en Inde
8th cross, Malleshwaram, Bangalore, octobre 2007

Ce vendeur de rue est installé devant le petit temple de la 8th cross, la rue animée et commerçante du quartier. Je le vois souvent et toujours je suis surpris par la laideur de ces bébés en plastique à l'expression diabolique. Avec leur peau claire, ils renvoient pourtant à l'idéal physique indien aussi sûrement que la Barbie correspond à un certain modèle de la femme occidentale.
Pour en faire de vraies imitations de bébés indiens, il faudrait leur dessiner un disgracieux point noir sur la joue ou le front. Puisque s'extasier sur la beauté d'un jeune enfant lui apporte malheur et maladie, il convient de l'enlaidir partiellement et artificiellement afin que le regard trop complaisant s'abîme à la vue de ces taches.
Les bébés en font les frais, soit, mais reconnaissons que c'est un honnête moyen d'éviter la sur-gagatisation à leur endroit.

Libellés : , , ,

13 juin 2008

Un voyage scolaire, côté garçons

groupe d'écoliers indiens
Groupe de garçons visitant deux par deux les Cinq Ratha, Mamallapuram, février 2008

Même endroit, mais autre école que celle d'hier. Ceux-là sont venus à pied depuis le village, ils sont du coin en somme. Beaucoup sont pieds nus, débraillés. Ils portent un sac ou un petit panier avec leur repas de midi.
D'une façon générale, on voit beaucoup d'écoliers dans les sites touristiques, signe d'une conscience de l'importance de l'histoire et du patrimoine. Deux constantes pour les visites scolaires : toujours sans guide et au pas de course...

Libellés : , ,

12 juin 2008

Un voyage scolaire, côté filles

voyage scolaire en Inde
Groupe de filles avec leurs professeurs visitant les Cinq Ratha, Mamallapuram, février 2008

"Ok girls, you have 15 minutes. You go wherever you want, you make photos, you look at the things. In 15 minutes, we'll all gather right here, ok ?
-Okkkkkkk (chœur)
-In how long do we meet ?
-15 minuteeeeeeeessssss (chœur aigu)
-Where do we meet ?
-Heeeeeere (chœur strident)
-Chalo ! [allons-y]"

Socquettes bien blanches, dialogue en anglais, appareils-photo numériques et prof à casquette : sûrement une bonne école privée.

Libellés : , ,

10 juin 2008

Les variantes 1 : portrait de Sebastian

portrait d'un ouvrier indien
Portrait de Sebastian, Cochin, septembre 2007

Une variante d'un portrait déjà publié en octobre 2007 ici-même : Atelier de recyclage 3
Je regrette dans celui-là l'intersection d'un bidon avec l'oreille gauche de Sebastian.
Quoiqu'il arrive, ce gars a toujours autant la classe.

Libellés : , , , ,

Retour de quelques jours passés à Chennai, la capitale du Tamil Nadu, la dernière très grosse ville indienne que je ne connaissais pas. Je terminais le travail sur les terrains de jeu commencé en février à Mumbai. Ne reste plus qu'une photo à refaire (pour la troisième fois...) à Bangalore et ce sera fini ou, disons plutôt, j'arrête là.
Chennai est une ville très difficile à percer, elle ne s'offre pas aussi directement que d'autres. Les 40°C quotidiens en cette saison chaude n'ont pas vraiment aidé d'ailleurs. Les Tamouls disent qu'il n'y a que deux saisons dans le Tamil Nadu, summer and peak summer, l'été et la canicule. C'est en ce moment le peak summer qui précède la mousson.
Chennai fait partie de ces villes indiennes assez récentes, à l'instar de Mumbai (Bombay) et de Kolkata (Calcutta). Elle a été fondée au dix-septième siècle, par les Anglais. Elle s'appelait Madras jusqu'à il y a peu.
L'ambiance est très traditionnelle. Peu de concessions ont été faites, au moins dans le centre-ville, à la modernisation/occidentalisation. L'écart est énorme avec une ville très cosmopolite comme Bangalore. L'histoire d'un lieu se lit parfois sur les visages : à Cochin, la dizaine de Blancs aux yeux bleus du quartier de Mattancherry évoque l'arrivée par bateau d'une petite colonie juive au Ier siècle après JC dont ils sont les descendants, sans aucun mélange ; à Chennai, la peau est sombre, couleur des indiens d'origine du sous-continent. L'histoire de l'Inde s'est faite par les mélanges entre ces populations et celles des Aryens à la peau claire venues du nord, de l'Asie centrale. Les habitants de Chennai semblent comme préservés par cette histoire. C'est peut-être juste une impression.
[il faut vraiment être en Inde pour parler des Juifs et des Aryens dans le même paragraphe et que cela n'évoque en rien les blessures de notre Histoire.]

J'ai tout de même accordé une après-midi au tourisme en visitant le superbe musée gouvernemental. La collection de sculptures est importante et bien ordonnée mais je retiens deux choses étonnantes :
-l'existence d'un art gréco-bouddhiste, mélange des plus inattendus résultant de l'arrivée de l'empire grec dans le nord ouest de l'Inde actuelle avec Alexandre le Grand au troisième siècle avant JC. On voit se créer des sculptures plus réalistes du Bouddha, vêtu d'une toge à la grecque et doté de muscles qu'on ne lui connaissait pas.
-dans la partie Sciences de la Vie du musée, l'existence non moins stupéfiante du coconut crab. Le musée conserve dans un grand bocal rempli de formol, un exemplaire de cet énorme et atroce animal. Replié sur lui-même avec ses hideuses pattes, il me semble incarner l'organisme terrestre le plus proche d'un Alien (photo du Facehugger) ! Des colonies d'Aliens sur les plages de Goa, enfin la solution aux méfaits du tourisme de masse !

Libellés :

4 juin 2008

Le balai comme instrument de connaissance de soi

Les indiens balaient. Le matin, l'après-midi, le soir, ils balaient. Seuls ou par deux, parfois en groupe, ils balaient encore et encore, leur salon, leur tapis, le pas de leur porte, le trottoir, la rue, le toit de l'immeuble.
Fou tout ce qu'il faut balayer.

En un an, il y a deux choses que je n'ai jamais vues : un aspirateur, et, quelqu'un qui ramasse la poussière. Aussi, l'esprit rationnel éprouvera quelques difficultés à l'idée de balayer sans jamais ramasser le produit de son effort. C'est commettre une grande erreur et c'est aussi le signe de la vanité de nos esprits occidentaux de croire que l'on peut changer avec une pelle en plastique l'ordre cosmique des choses.
Quand un indien balaie, il déplace la matière et il ne s'en débarrasse pas. Je l'ai vu et revu, vous pensez ! En apôtres de Lavoisier, les indiens dans leur façon de balayer rappellent chaque jour que rien ne se crée, rien ne se perd et que tout se transforme en poussière devant la porte du voisin.
Un instant après, le voisin s'attelle à la tâche similaire et redéplace les particules importunes. Tous les jours.

Après mûre réflexion sur la question, je ne vois qu'une explication et je crains qu'il ne faille en passer par la religion et la métaphysique qu'elle sous-tend.
Notre temps linéaire implique une certaine idée du progrès et donc, dans le cas qui nous occupe, une réticence à refaire toujours les mêmes choses. Mais un temps indien, vécu en tant que Destin insurmontable implique un quotidien tout autre. On échappe pas au cycle des réincarnations, on est prisonnier de son Dharma (l'ensemble de ses devoirs moraux) avec la même certitude que la poussière sera revenue le lendemain. Pris dans un temps cyclique et avec la conscience de son karma (principe de la juste rétribution des actions passées), quel esprit aurait l'idée de ramasser de la poussière puisque les dieux ont décidé qu'il faudra tout refaire tôt ou tard ?
J'avance d'ailleurs l'hypothèse que, dans un mythe grec comme celui de Sisyphe, si parlant chez nous, les indiens ne verraient pas le problème.

Allez, c'est pas tout ça, j'ai un peu de poussière à balancer devant la porte de la voisine.

Libellés :

Une enfant et un seau de linge


Dans le quartier populaire de Srirapuram, Bangalore, septembre 2007

Libellés : , ,

3 juin 2008

Devine d'où je t'appelle

indien au téléphone
Ramoji Film City, Hyderabad, décembre 2007

Comme je l'écrivais, j'arrive petit à petit à la fin des images que j'ai à disposition ici en attendant le développement des films faits ces derniers mois.
Je vais néanmoins continuer à faire "vivre" le site en publiant des petites images un peu plus, disons, anecdotiques qu'à l'habitude.
J'ai aussi sous le coude quelques variantes de photographies déjà publiées. C'est intéressant puisqu'en les revoyant maintenant, je préfère parfois les variantes.
Ce mois est très chargé pour moi. Je dois terminer ce que j'ai commencé : écarter les mauvaises pistes et travailler pour achever ce que j'estime valable. Je compte aboutir, à la fin de ces douze mois, à quatre séries d'une douzaine-quinzaine d'images. Peut-être cinq séries.

Libellés : ,

2 juin 2008

Où l'on considérera plus d'un milliard d'artistes

Au fil du séjour, j'attribue de plus en plus la fascination pour l'Inde à une raison très simple : ce peuple réalise l'utopie d'une société d'artistes. Chacun, à son niveau, parvient à transcender son activité, aussi modeste et répétitive soit-elle, par des dispositions créatrices.
Cet état d'esprit infuse le sous-continent dans son ensemble et l'on est fréquemment témoin de ses manifestations les plus inattendues.
Pour s'en convaincre, il faut voir les salades de fruits vendues le long des maidans de Bombay, juxtapositions complexes tenant compte des couleurs et des textures, et montées à l'aide de cure-dents en structures verticales parfaitement symétriques, disposées dans des coupelles.
Il faut voir les voyageurs manger sans cuillère un sambar (soupe très liquide et très pimentée) vendu dans un récipient en aluminium mou, rempli à ras bord, sur les couchettes d'un train de nuit. Il faut voir aussi les indiens, tous capables de boire à une bouteille ou un verre sans en toucher le bord avec les lèvres. Ce sont les gestes les plus quotidiens transformés en micro-défis : s'habiller avec une bande de tissu de 6 mètres de long, se garnir tous les matins d'un turban de 7 mètres, servir le thé.
Il faut regarder passer dans la rue un homme qui transporte une bouteille de gaz de 50 kg d'une seule main. Ou un autre qui passe en vélo avec une dizaine de planches de trois mètres sans autre moyen de fixation qu'une astucieuse clef de jambes.
A Vellankani, je retrouve l'émotion de Chris Marker quand il rencontre à Tokyo le maître de l'action-cooking dans Sans Soleil. Le mien sera le maître du parotha-throwing. Ce génie d'à peine vingt ans façonne ces petits pains en forme de crêpe dont la pâte est roulée en spirale et les lancent par dessus les clients du restaurant, comme des frisbees, directement dans la main du cuisinier à une dizaine de mètres. Il fait quinze ou vingt parothas d'avance puis les lance d'un geste sec au rythme d'une par seconde. De l'autre main il bat la mesure sur son plan de travail en métal avec son rouleau. Aucun raté dans le duo.
On y est ! Le génie du geste moindre ! C'est "l'intelligence de la main" comme disait un vendeur de café à qui l'on confia tantôt l'administration de la France.
Plus loin donc, cela pourra être un autre cuisinier qui émince dix kilos d'oignons sur une grande plaque chauffante avec deux spatules en métal, exploitant au mieux les possibilités sonores de ses instruments de cuisine dans un rythme quasi-frénétique.

Un souvenir de mes chères études me revient, la Lettre à d'Alembert de Rousseau dans laquelle il fustige le théâtre et ses représentations par des comédiens, professionnels du mensonge. Il faut supprimer le théâtre! loisir dangereux d'une société de classe décadente à la faveur de grandes fêtes populaires : la scène de théâtre, c'est la rue! La représentation, c'est la vie! Tout le monde participe, tous représentent et tous sont spectateurs. Tous sont artistes.
Cela existe ; c'est exactement comme ça ici, en Inde*.

vendeur de barbe à papa en Inde
Vendeur de barbes à papa roses dans des sacs plastiques individuels, à Kanyakumari. Photo : Juliette

*à chaque fête religieuse par exemple : Ganesh Chaturthi et Holi.

Libellés :

1 juin 2008

Ami-ami à Pondicherry

deux hommes indiens se tenant par la main
Pondicherry, février 2008

Libellés :