21 septembre 2008

A propos de quelques pâtés de sable et aussi de la colonisation
(Inde à la plage : activités 1)

un ado indien fait un château de sable
Vellankani, juin 2008

Considérez une chose toute simple, à propos des plages indiennes : les enfants n'y font pas de châteaux de sable. Ça a l'air bête comme ça mais ça change tout. Avec un peu de recul, c'est vrai qu'il serait surprenant qu'ils forment des pâtés de sable en château-fort écossais. Du moins je n'en ai pas vu, et j'ose affirmer que c'est un nouvel échec à mettre au passif de la volonté assimilatrice britannique qui contrôla tout de même le gros des plages pendant deux cents ans. N'ayant pas poussé l'enquête plus loin, je suis tout à fait incapable de vous dire si l'on peut voir des mini-Versailles sur les rivages de Pondichéry, des reproductions de bâtiments à pignons crénelés dans l'ancien comptoir hollandais de Cochin, ou des emprunts au style manuélin sur les anciennes plages portugaises de Goa.

On voit beaucoup, par imprégnation logique du patrimoine bâti sur les gens, de petits temples hindous, avec son vimana central (sanctuaire) et ses remparts concentriques. J'ai aussi aperçu, dans le Tamil Nadu, plusieurs spécimens de dargah : on prend alors conscience qu'une petite construction de sable faite par un enfant évoque la grandeur passée du soufisme dans le sous-continent indien. Les jeux d'enfants en disent beaucoup sur le contexte dont ils sont le produit si l'on y prend garde.
Autre figure très répandue sur les plages et qui vient comme une compensation à l'austérité vestimentaire qui y règne : les pâtés en forme de lingam, c'est-à-dire pour faire vite, de phallus de Shiva -la biroute d'un dieu !-, ce qui ajoute un peu de sel, fût-il religieux, à l'ambiance familiale bon enfant des plages indiennes.

Ce jeune homme peaufine quant à lui une construction délicate faite d'agrégats de sable humide ajoutés petit à petit (au passage, mes amitiés à un couple d'amis lyonnais, authentiques chercheurs en châteaux de sable, qui seront sans doute sensibles à cette dernière utilisation de la cohésion du sable humide). La parenté de cette construction est peut-être à chercher du côté des temples jaïns, comme celui de Ranakpur. C'est frappant, je suis sûr qu'il ne peut en être autrement !

PS : si vous voyez des stupas bouddhistes ou des temples du Soleil, en sable, sur les plages des Alpes-Maritimes ou des Landes, pensez à faire une photo, histoire qu'on avance un peu.

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