Le Liberté guidant le peuple

Dans le très communiste Kerala, on recycle les symboles révolutionnaires pour les accommoder à la sauce locale. Je n'ai pas la moindre idée du but de cette affiche, vue dans une rue d'Alleppey, - sans doute un meeting. Son auteur a repris une peinture de Delacroix qui figure dans les livres d'histoire, sinon du monde entier, au moins français. On se pince en voyant que la magnifique révolutionnaire aux seins nus et portant bonnet phrygien a laissé place à un barbichu léniniste ; je passe pour le drapeau qui a perdu deux de ses couleurs pendant le voyage et sur le bonnet phrygien transformé en bonnet de haute-mer façon Cousteau...
La retouche devient franchement amusante quand on voit que le torse a également été recouvert, dans un succédané de la manière du peintre, par ce qui est devenu une chemise sans manche. La diagonale de tissu blanc qui matérialisait le haut du corsage, ouvert, est demeurée sur le torse mais, ayant perdu sa fonction, semble désormais un cordage serré venant contraindre le mouvement révolutionnaire du barbichu léniniste.
Dans quel ordre cela a-t-il été fait ? Peut-être était-il inimaginable que la Liberté fût une femme et alors on l'a affublé d'une barbe. Ce faisant, l'impossibilité de concevoir un révolutionnaire barbu et mamelu a entraîné un surplus vestimentaire.Ou alors, la représentation dans l'espace public d'une poitrine féminine étant de fait impossible dans l'Inde actuelle (ce ne fut pas toujours le cas, voir les temples), on a vite rhabillé l'allégorie afin de cacher ce que l'on ne saurait voir. Le gros du crime étant déjà fait, l'artiste s'est accordé une deuxième licence en poursuivant sur sa lancée : barbiche, bonnet, etc...
En attendant que les lendemains ne chantent, le mystère demeure...
deuxième image : La Liberté guidant le peuple (détail)
Libellés : Histoires_indiennes, Kerala, Sur les murs
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