Le corps des femmes et le regard des hommes
Suite de la lecture de Films and Feminism. Je rappelle que les conclusions offertes ici concernent le cinéma populaire en langue hindi des années 90. Il n'est pas trop risqué de penser que ces analyses peuvent servir à penser le cinéma bollywoodien actuel.

L'autre article particulièrement intéressant est intitulé Female bodies and the male gaze. Il y est montré que l'écrasante majorité des films sont centrés sur l'homme : ses conflits, ses rêves, ses tragédies. La femme n'existe qu'en relation avec l'homme (mère, femme).
L'auteur a eu du mal à trouver ne serait-ce qu'un seul film centré sur une femme célibataire.
Les films exaltent -sans surprise- le culte de la beauté et de la jeunesse.
Si les femmes ne sont pas le sujet des films, elles sont sans conteste le sujet des regards. Sujets observés et passifs : aucune de leurs décisions, par exemple, ne contestera jamais l'autorité.

L'auteur analyse dans plusieurs films la mise en scène du regard que porte l'homme sur la femme dans le film. Ce regard est souligné (le héros enlève ses lunettes, écarquille les yeux), mis en action par le montage, des effets de ralenti et de zoom.
L'analyse des scènes de danse montre une prédominance des points de vues en plongée ou en contre-plongée afin de mettre en évidence le décolleté et des chorégraphies clairement orientées vers le mime de mouvements sexuels [ndm : pas besoin d'avoir vu beaucoup de films indiens pour se rendre compte de ça !].
Un autre essai intitulé Women in Indian Cinema : Fictional Constructs établit les liens entre la mythologie indienne et la représentation de la femme dans le cinéma. La tradition de la déesse-mère (parfaite, pure, etc.) et celle de Kali (déesse destructrice à laquelle renvoient les personnages cinématographiques de...belle-mère !) permettent d'appréhender les personnages de fiction.
Même si le résumé que j'en fais ne le laisse pas supposer, l'essai est rédigé dans un anglais plein d'humour, très plaisant pour un ouvrage universitaire. J'ai noté cette phrase par exemple : "The role of a mother -a supposedly 'good mother' is absolutely trivialized in Indian cinema. This silent suffering, stoic species is so distressingly deified on celluloid that by the end of the movie you are convinced that these faces will soon be up on postage stamps."
Plus loin sont analysés les rapports entre les hommes : toujours positifs, marqués du sceau de l'amitié et de la fraternité ; et les rapports entre les femmes : forcément extrêmes, soit hostiles ou implicitement lesbiens.
Pour conclure, le message délivré par les films indiens populaires est celui de la tradition indienne : "je suis une femme, donc mauvaise et par là-même destinée à souffrir". [ndm : on jurerait notre bonne vieille tradition judéo-chrétienne]

(une image saisie pendant la séance du film Race : Ah la censure ! (pas de nudité, pas d'acte sexuel) Mais avec cette fois des moyens assez proches de ceux de Billy Wilder ou de Ernst Lubitsch en leur temps à Hollywood, voilà ce qu'on peut appeler un habile contournement tout à fait riche en implicite...)
Une anecdote personnelle et signifiante pour finir. Alors que je lisais le-dit ouvrage dans cette bibliothèque de Pondicherry, un employé se rapproche de ma table, me fait de la main le geste "bouge-toi de là" avant de me montrer, de l'index et sans un mot, le panneau "Ladies only" au mur.
Je n'avais pas vu le panneau (tout à fait habituel en Inde ; je fais évidemment attention normalement), et de ladies, il n'y en avait point. J'étais seul à une immense table entourée de douze chaises vides.
A peine évacué de cet endroit de folle débauche (imaginez un peu, lire à moins de quatre chaises d'une femme), une jeune fille vient s'assoir.
Le preux chevalier (l'employé hindou : principe d'action) était venu exclure l'étranger (l'occidental : menace morale) afin que la blanche colombe (la jeune vierge soumise : détresse nécessitant l'intervention masculine) puisse étudier en paix. Au cinéma, il serait de rigueur qu'un mariage soit prévu en retour.
Pan sur le bec !

L'autre article particulièrement intéressant est intitulé Female bodies and the male gaze. Il y est montré que l'écrasante majorité des films sont centrés sur l'homme : ses conflits, ses rêves, ses tragédies. La femme n'existe qu'en relation avec l'homme (mère, femme).
L'auteur a eu du mal à trouver ne serait-ce qu'un seul film centré sur une femme célibataire.
Les films exaltent -sans surprise- le culte de la beauté et de la jeunesse.
Si les femmes ne sont pas le sujet des films, elles sont sans conteste le sujet des regards. Sujets observés et passifs : aucune de leurs décisions, par exemple, ne contestera jamais l'autorité.

L'auteur analyse dans plusieurs films la mise en scène du regard que porte l'homme sur la femme dans le film. Ce regard est souligné (le héros enlève ses lunettes, écarquille les yeux), mis en action par le montage, des effets de ralenti et de zoom.
L'analyse des scènes de danse montre une prédominance des points de vues en plongée ou en contre-plongée afin de mettre en évidence le décolleté et des chorégraphies clairement orientées vers le mime de mouvements sexuels [ndm : pas besoin d'avoir vu beaucoup de films indiens pour se rendre compte de ça !].
Un autre essai intitulé Women in Indian Cinema : Fictional Constructs établit les liens entre la mythologie indienne et la représentation de la femme dans le cinéma. La tradition de la déesse-mère (parfaite, pure, etc.) et celle de Kali (déesse destructrice à laquelle renvoient les personnages cinématographiques de...belle-mère !) permettent d'appréhender les personnages de fiction.
Même si le résumé que j'en fais ne le laisse pas supposer, l'essai est rédigé dans un anglais plein d'humour, très plaisant pour un ouvrage universitaire. J'ai noté cette phrase par exemple : "The role of a mother -a supposedly 'good mother' is absolutely trivialized in Indian cinema. This silent suffering, stoic species is so distressingly deified on celluloid that by the end of the movie you are convinced that these faces will soon be up on postage stamps."
Plus loin sont analysés les rapports entre les hommes : toujours positifs, marqués du sceau de l'amitié et de la fraternité ; et les rapports entre les femmes : forcément extrêmes, soit hostiles ou implicitement lesbiens.
Pour conclure, le message délivré par les films indiens populaires est celui de la tradition indienne : "je suis une femme, donc mauvaise et par là-même destinée à souffrir". [ndm : on jurerait notre bonne vieille tradition judéo-chrétienne]
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(une image saisie pendant la séance du film Race : Ah la censure ! (pas de nudité, pas d'acte sexuel) Mais avec cette fois des moyens assez proches de ceux de Billy Wilder ou de Ernst Lubitsch en leur temps à Hollywood, voilà ce qu'on peut appeler un habile contournement tout à fait riche en implicite...)
Les photos d'illustration sont tirées du film kannada Mungaaru Male(2007) et du film hindi Race (2008).
*******************Une anecdote personnelle et signifiante pour finir. Alors que je lisais le-dit ouvrage dans cette bibliothèque de Pondicherry, un employé se rapproche de ma table, me fait de la main le geste "bouge-toi de là" avant de me montrer, de l'index et sans un mot, le panneau "Ladies only" au mur.
Je n'avais pas vu le panneau (tout à fait habituel en Inde ; je fais évidemment attention normalement), et de ladies, il n'y en avait point. J'étais seul à une immense table entourée de douze chaises vides.
A peine évacué de cet endroit de folle débauche (imaginez un peu, lire à moins de quatre chaises d'une femme), une jeune fille vient s'assoir.
Le preux chevalier (l'employé hindou : principe d'action) était venu exclure l'étranger (l'occidental : menace morale) afin que la blanche colombe (la jeune vierge soumise : détresse nécessitant l'intervention masculine) puisse étudier en paix. Au cinéma, il serait de rigueur qu'un mariage soit prévu en retour.
Pan sur le bec !
Libellés : Cinéma, Histoires_indiennes
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