17 avril 2008

Le cinema indien est de droite

Comme je me trouvais en début de semaine à Pondicherry, je suis allé voir par curiosité la bibliothèque Romain Rolland. Pensant trouver une mine de livres en français, je fus un peu déçu par les quelques rayons - le reste de la bibliothèque étant consacré en grande majorité aux livres en anglais.
Sur les rayons français donc, les chef-d'œuvres chef-d'œuvraient dans la poussière (vieilles reliures arrachées, pages moisies). Dumas, qui a d'ailleurs sa rue à Pondi, était de loin le plus représenté.
Plus étonnante, la découverte en ces lieux de Mangez de la salade de Pierre Dac et Francis Blanche.



Au rayon Fine arts, en anglais, on trouve peu de choses mais néanmoins toute une série d'essais consacrés au cinéma : une édition de Kolkata du Journal de Tarkovski par exemple fait assez plaisir. A côté, un énorme pavé sur...Yul Brynner !

Je tombe finalement sur Films and Feminism : essays in Indian Cinema, recueil d'articles mis sur pied par Jasbir Jain et Sufha Rai, de l'Université de Jaipur. J'ai eu du mal à m'en décrocher tant ce travail était convaincant, si bien que je suis revenu le lendemain pour le terminer et que je vous retranscris ici quelques points abordés par cet essai. S'il est des gens qui s'intéressent au cinéma indien récent, la suite peut les intéresser ; sinon, j'écris cela avant tout pour moi, cela me fera me souvenir de ce livre et me permet de mettre mes vagues notes au propre.



L'un des articles les plus intéressant s'intitule Saffronizing the silver screen: the right-winged nineties film (La vague safran à l'écran : les films de droite des années 90) [note de moi : le safran est la couleur de la droite nationaliste indienne. On parle de vague safran pour évoquer l'avancée des idées d'extrême-droite en Inde].
Les années 60 sont dominées par le cinéma de Raj Kapoor, cinéma de gauche présentant des héros issus des classes populaires en prise avec une société injuste et corrompue.
Les années 70 et 80 sont celles des films d'action avec Amitabh Bachchan (ex. Sholay). Le héro est toutefois encore issu de milieux modestes (working class).
A partir des années 90, un nouveau discours idéologique sous-tend Bollywood, le cinéma populaire hindi. Les héros des films appartiennent désormais aux classes supérieures, ou au moins aisées, de la population et ils sont presque exclusivement hindous.
Quant au personnage du méchant, il est toujours le symbole d'une menace pour la Nation hindoue. Les deux ennemis étant le Pakistan (auquel se réfèrent les personnages de terroristes dans les films d'action) et le monde occidental (matérialiste et individualiste, en opposition aux valeurs communautaires et familiales indiennes). Les films sont ainsi foncièrement marqués par l'idéologie de droite qui crée une paranoïa de la menace.[ndm : on pense au cinéma hollywoodien des années 80, les Reaganite entertainment, films bodybuildés avec Schwartzy&co, les films d'autodéfense, etc.]
-Les hommes seront le rempart contre la menace terroriste (films d'action).
-Les femmes seront garantes de la famille, des rites, de la tradition et du foyer (dans les familly drama, qui dominent désormais la production). Pour elles, la menace est l'occidentalisation, et la solution est toujours l'appel à l'obéissance familiale. Leur personnage, mélange de caractères occidentaux et indiens fonctionnera selon la dichotomie intérieur/extérieur. On verra, par exemple, telle jeune fille en mini-jupe (aspect extérieur) chanter une Bhajan [prière chantée] (son âme, elle, n'est donc pas corrompue).
Les films scandent globalement la supériorité des valeurs hindoues.

(La suite demain, avec le regard masculin sur le corps des femmes et la construction fictive des personnages de femmes, toujours dans le cinéma indien.)



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Les photos d'illustration sont tirées du film kannada Milana (2007) et du film hindi Race (2008).
J'avais commencé sans grand succès à photographier l'écran pendant les séances, comme ça, à main levée. Juliette a poursuivi et est parvenue très rapidement à des choses très belles, jouant sur des longs temps de pose. On continue donc ça tous les deux quand on va au cinéma. Il y a parfois de belles réussites que nous montrerons soit sur ce site, soit sur celui de Juliette consacré au cinéma indien.

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