A la boucherie de boeuf
Je ne sais pas trop lequel de ces deux portraits publier. Je propose donc les deux.
Mes faveurs vont peut-être au premier, pour le regard intense du jeune homme et le cadre plus large sur ses habits qui offrent une perspective intéressante.

Portrait de John Abraham #1, Bangalore, août 2007
Nous sommes dans la partie musulmane du quartier de Yeshwanthpur à Bangalore. J'étais passé devant cette boucherie plusieurs fois et toujours j'étais intrigué par cet homme à l'apparence inattendue.
Sa stature d'abord, il doit mesurer 1m85 ou 1m90. En Inde, on remarque ça. Les cheveux longs aussi.
Et puis, il était toujours habillé avec soin, à la mode, comme sur le départ pour une soirée en boîte de nuit.
Bref, à chaque passage, je pensais à ces chinois vaguement hippies, au regard un peu vide, qu'on voit dans certains films d'Hou Hsiao-Hsien. Et à chaque passage, je m'en voulais aussi de ne pas m'arrêter pour faire une photographie et je restais bêtement velléitaire.
En bon boucher, il a tranché pour moi (hum...). Il m'a finalement appelé et nous avons partagé un chai à l'ombre des carcasses, dans le tracas des mouches volant autour. En pareille situation, curieuse conversation sur la religion, le prix du boeuf, et le problème que pose la représentation des bovins morts en Inde.
Que dire d'autre. John Abraham est le neveu du patron M. Bachir Ahmad. Il sont une dizaine à travailler là dans ce lieu un peu à l'écart du passage dans une venelle qui donne sur le marché de Yeshwanthpur. Sans doute parce qu'il est assez difficile d'imaginer une activité plus dégradante que la leur dans ce pays. Seuls les intouchables, les dalits, en bas de la pyramide des castes exercent ces activités au contact de la mort ou de la souillure. Ou alors ce sont les fidèles des autres religions, ce qui dans la hiérarchie hindoue revient au même. Alors boucher de boeuf...
La conversation ne s'est pas étendue sur ce terrain mais peut-être y a-t-il là une clef de l'apparence de John : les habits sont une conception de soi que l'on porte sur soi.
Et, à bien le regarder, qui verrait le neveu musulman d'un boucher bovin de quartier populaire?

Portrait de John Abraham #2, Bangalore, août 2007
Mes faveurs vont peut-être au premier, pour le regard intense du jeune homme et le cadre plus large sur ses habits qui offrent une perspective intéressante.

Portrait de John Abraham #1, Bangalore, août 2007
Nous sommes dans la partie musulmane du quartier de Yeshwanthpur à Bangalore. J'étais passé devant cette boucherie plusieurs fois et toujours j'étais intrigué par cet homme à l'apparence inattendue.
Sa stature d'abord, il doit mesurer 1m85 ou 1m90. En Inde, on remarque ça. Les cheveux longs aussi.
Et puis, il était toujours habillé avec soin, à la mode, comme sur le départ pour une soirée en boîte de nuit.
Bref, à chaque passage, je pensais à ces chinois vaguement hippies, au regard un peu vide, qu'on voit dans certains films d'Hou Hsiao-Hsien. Et à chaque passage, je m'en voulais aussi de ne pas m'arrêter pour faire une photographie et je restais bêtement velléitaire.
En bon boucher, il a tranché pour moi (hum...). Il m'a finalement appelé et nous avons partagé un chai à l'ombre des carcasses, dans le tracas des mouches volant autour. En pareille situation, curieuse conversation sur la religion, le prix du boeuf, et le problème que pose la représentation des bovins morts en Inde.
Que dire d'autre. John Abraham est le neveu du patron M. Bachir Ahmad. Il sont une dizaine à travailler là dans ce lieu un peu à l'écart du passage dans une venelle qui donne sur le marché de Yeshwanthpur. Sans doute parce qu'il est assez difficile d'imaginer une activité plus dégradante que la leur dans ce pays. Seuls les intouchables, les dalits, en bas de la pyramide des castes exercent ces activités au contact de la mort ou de la souillure. Ou alors ce sont les fidèles des autres religions, ce qui dans la hiérarchie hindoue revient au même. Alors boucher de boeuf...
La conversation ne s'est pas étendue sur ce terrain mais peut-être y a-t-il là une clef de l'apparence de John : les habits sont une conception de soi que l'on porte sur soi.
Et, à bien le regarder, qui verrait le neveu musulman d'un boucher bovin de quartier populaire?

Portrait de John Abraham #2, Bangalore, août 2007
Libellés : Bangalore, Boucherie, Portraits/Face à face, Religion, Travailleurs, Yeshwanthpur
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